Comment construire ensemble ?

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L'innovation constitue l'axe majeur du développement industriel en France. Instances relativement récentes, les pôles de compétitivité semblent y occuper une place essentielle. Que sont-ils, quel rôle jouent-ils et quelle est leur pertinence dans le domaine de l'innovation ? Trois spécialistes, Vincent Marcatté, Olivier Muron et Hugues Meili, apportent leur éclairage.

 Texte par Fabien Pommelet, illustrations Jacques Després, photos Frédérique Plas

  • bmge13-poles-de-competitivite-comment-construire-ensemble-portrait1.jpg Hugues Meili,
    cofondateur et président - directeur général de Niji
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    Hugues Meili,
    cofondateur et président - directeur général
    de Niji

    Avant de créer Niji, Hugues Meili a travaillé pour le groupe français CS afin d'y fédérer et y développer, dans le cadre d'une entité nouvellement créée sous sa responsabilité, des activités liées à la convergence entre les réseaux et les applications. Il avait également été précédemment directeur commercial au sein de Sema Group Télécom.

  • bmge13-poles-de-competitivite-comment-construire-ensemble-portrait2.jpg Vincent Marcatté,
    président du pôle de compétitivité
    Images & Réseaux
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    Vincent Marcatté,
    président du pôle de compétitivité
    Images & Réseaux

    Diplômé de l'ESIGElec et du programme Executive MBA de l'Essec Paris, Vincent Marcatté a été responsable d'un laboratoire de R&D spécialiste de la convergence du Web et de l'audiovisuel.

  • bmge13-poles-de-competitivite-comment-construire-ensemble-portrait3.jpg Olivier Muron,
    responsable des relations institutionnelles
    d'Orange Labs
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    Olivier Muron,
    responsable des relations institutionnelles d'Orange Labs

    Diplômé de l'École centrale de Paris, Olivier Muron a enseigné à l'université de Californie, à Berkeley. En 1994, il est nommé directeur de la promotion de la recherche et de son transfert à l'Inria. Il entre à France Télécom en 1998, en tant que responsable du pôle administration au sein de la branche développement.

  • À quoi servent les pôles de compétitivité ?

    bmge13-poles-de-competitivite-comment-construire-ensemble-onglet1.jpg• Olivier Muron - Ils ont été lancés en 2004 dans le cadre d'une nouvelle politique industrielle qui mobilise les facteurs clefs de la compétitivité, au premier rang desquels figure la capacité d'innovation. Les pouvoirs publics ont alors regardé ce qui se faisait à l'étranger. À cet égard, la Silicon Valley est emblématique : autour de grandes universités comme Stanford et Berkeley s'est construit tout un écosystème de laboratoires, de petites et grandes entreprises. Les pouvoirs publics ont voulu encourager la création de ces « clusters », ou « pôles de compétitivité », qui, dans une même région et sur une même thématique, regroupent laboratoires, universités et entreprises. Ils ont pour but de construire ensemble des projets d'innovations autour des thèmes spécifiques aux régions. Il existe différents types de pôles : régional, national, mondial, selon leur envergure et leur rayonnement.
    • Vincent Marcatté - Le pôle de compétitivité Images & Réseaux en est une bonne illustration. En Bretagne et Pays de la Loire, les télécommunications étaient déjà fortement implantées. À sa création, le pôle s'est appuyé sur ce savoir-faire et a identifié les grandes entreprises, écoles, laboratoires de recherche et PME qui travaillaient sur les thématiques de télécommunications, de l'audiovisuel et des technologies de l'information et de la communication. Elles forment le socle de notre pôle, labellisé « pôle mondial », avec seize autres. Il regroupe aujourd'hui deux cents adhérents (cent cinquante PME, vingt-cinq grands groupes, vingt-cinq laboratoires de recherche) et pilote des projets à hauteur d'environ 100 millions d'euros par an, dont un tiers est financé par l'État, l'Europe ou les collectivités locales. L'ambition du pôle est d'aider les start-up et les PME à se développer, car ce sont elles qui généreront croissance et emploi. Il s'agit d'établir un cercle vertueux entre la recherche, le développement et l'innovation avec l'ensemble des acteurs en accélérant le transfert de la recherche vers les entreprises.
    • Hugues Meili - Effectivement, il faut voir le pôle de compétitivité comme un réseau social associant institutions académiques, grandes enseignes et PME qui, traditionnellement, ont d'autres priorités que de travailler ensemble. C'est un atout. L'entreprise que je dirige, Niji, est tournée vers les usages et les technologies de la convergence numérique. Autrement dit, sur tout ce qui rapproche les contenus, l'Internet, le Web et le mobile. Nous travaillons avec toutes les marques, en particulier celles du « B to C », c'est-à-dire celles qui s'adressent, d'un point de vue stratégique, au consommateur dans sa logique quotidienne de consommation. Comme ces contenus d'interaction par l'image font partie du pôle Images & Réseaux, nous nous devions d'en faire partie. Et cela porte ses fruits ! Au moment de son adhésion initiale au pôle de compétitivité, Niji était une PME ; elle compte aujourd'hui deux cent cinquante personnes. Son chiffre d'affaires est passé de 10 millions d'euros à 30 millions actuellement. Si le pôle n'a pas été seul vecteur de cette croissance, le fait d'y participer et de coopérer avec d'autres acteurs l'a accélérée.
  • Qu'apportent ces pôles au quotidien ?

    bmge13-poles-de-competitivite-comment-construire-ensemble-onglet2.jpg• Olivier Muron - La diversité, pour commencer. Elle est au coeur des pôles de compétitivité depuis leur création. Les pouvoirs publics ont sollicité l'ensemble des acteurs pour qu'ils soumettent leurs propositions dans des domaines très variés. Ainsi, à Limoges, ont émergé des propositions autour de la céramique ou, à Grenoble, autour des composants électroniques. Le gouvernement a retenu soixante et onze pôles, situés partout en France. Ils s'appuient sur une structure associative et disposent de leur propre gouvernance : des permanents qui animent le tissu régional, un conseil d'administration et un président. Des synergies naissent entre un certain nombre de pôles, comme entre celui d'Images & Réseaux de Bretagne - Pays de la Loire et Cap Digital, en Ile-de-France.
    • Vincent Marcatté - Cette structure est importante. En tant que président, je suis animateur de cette communauté. Je fais en sorte que les adhérents se connaissent, se rencontrent, identifient leurs complémentarités et travaillent ensemble. Ils sont ainsi plus forts que seuls dans leur coin. Au niveau du pôle, nous essayons donc d'identifier, dans un mode collaboratif, les thématiques du futur, les sujets porteurs de business pour l'avenir et les formations à mettre en place. C'est pourquoi nous organisons régulièrement des journées thématiques. Par exemple, sur l'Internet du futur, un sujet important en ce moment, nous avons rédigé un livre blanc en identifiant les compétences, les verrous et les ruptures. L'objectif est désormais d'identifier des projets concrets que nos adhérents construiront ensemble. Le pôle de compétitivité va expertiser les projets, les labelliser. Il pourra ensuite chercher des financements au niveau des régions, de l'État et de l'Europe. Sans le label du pôle, c'est impossible.
    Hugues Meili - Pour Niji, qui est une entreprise productrice de services tournés vers les usages, l'intérêt est multiple. Une fois un projet validé, nous disposons de financements. En intégrant ces projets collaboratifs, nous pouvons tirer parti des technologies produites par des tiers. Nous travaillons aussi bien avec les grandes enseignes, qui ont la capacité de transformer en une réalité marchande l'innovation produite, qu'avec les partenaires académiques qui développent l'innovation. Nous participons ainsi à une dizaine de projets labellisés par le pôle. En effet, dans le secteur du numérique, l'évolution se fait vers un mix de produit et de service, de plus en plus en faveur du service. Cela rend le produit utilisable et lui donne une valeur restituée à l'usage.
  • Les pôles contribuent donc au développement économique...

    bmge13-poles-de-competitivite-comment-construire-ensemble-onglet3.jpg• Vincent Marcatté - ... et à l'innovation. Au sein de notre pôle, nous avons fait émerger depuis plusieurs années un projet concernant la 3D, aussi bien image en relief qu'image réelle et virtuelle et réalité augmentée. Cette année, nous avons vu aboutir le projet Don Giovanni : la retransmission en direct d'un opéra en 3D. Nous allons développer de nouveaux projets, avec la Route du Rhum en direct. Ces projets ont permis d'accroître ce savoir-faire français, collabellisé avec Cap Digital et Imaginove, un pôle très orienté sur le contenu, à Lyon. Nous construisons un vrai savoirfaire français, novateur. Le pôle est un outil de rayonnement. Enfin, c'est un endroit où l'on développe la fertilisation croisée, c'est-à-dire ouverte à de nouveaux secteurs de l'économie, car le numérique est transverse.
    • Hugues Meili - Effectivement, ces innovations apportent aussi aux entrepreneurs. L'innovation, aujourd'hui, est par essence collaborative, ouverte. Or, il y a une équation économique selon laquelle partager des idées dans un cadre de confidentialité entre les entreprises, les académiques, les universités et les grands groupes permet d'aller plus vite. Et le temps, c'est de l'argent ! Ensuite, quels que soient les secteurs et les domaines, le numérique transforme les processus organisationnels, fait évoluer l'animation des équipes et permet une véritable interaction avec les fournisseurs et les clients. Enfin, les pôles permettent d'entretenir des relations avec les collectivités territoriales, ce qui peut être extrêmement intéressant dans l'expérimentation de nouvelles technologies.
    • Olivier Muron - Le groupe France Télécom, par exemple, est présent dans différents pôles, sur de nombreux sujets, comme le très haut débit, les contenus ou les logiciels sécurisés. Au sein du groupe, nous avons une approche de plus en plus d'open innovation pour chaque décision de développement ; nous réfléchissons à la possibilité de tisser un partenariat avec une PME, une université, un autre groupe. Il s'agit de multiplier notre force d'innovation dans une relation gagnant-gagnant avec des partenaires. Nous essayons ainsi de prendre, sur le marché de l'innovation, le meilleur partenaire dans le monde pour nous apporter un complément technologique ou un complément d'usage. Les pôles de compétitivité sont justement des endroits adaptés pour trouver de tels partenaires. La seconde raison de cet engagement d'Orange est le développement de services innovants. Même si nous restons un groupe de télécommunications et de réseaux, notre stratégie est d'accroître significativement la part de notre chiffre d'affaires dans les services. Dans la santé, par exemple, nous ne disposons pas toujours des compétences nécessaires en interne et devons nous allier à des partenaires qui connaissent bien ce secteur.
    • Vincent Marcatté - À titre d'exemple, deux mille pôles de compétitivité, de toute taille, sont recensés en Europe. Ainsi, en Finlande, Images & Réseaux est partenaire de DIMES, qui compte Nokia parmi ses membres, ainsi qu'en Espagne avec Vindeira, très actif sur la télévision sur IP et l'e-santé. L'enjeu, pour le pôle Images & Réseaux, est d'identifier les bonnes synergies à l'international pour aider le développement économique de ses adhérents. Et ça marche ! Notre partenariat avec les Japonais de Yokosuka nous permet de travailler à l'interconnexion de nos platesformes technologiques pour des tests d'usage. Dernier exemple en date : les Colombiens ont fait le choix du standard européen DVB. Comme c'est en Bretagne que se trouvent les champions de ce standard, le pôle s'est déplacé avec ses membres pour révéler toute sa palette de compétences et de produits.
  • Le grand emprunt aura-t-il un impact ?

    • Olivier Muron - Le rapport sur le grand emprunt remis au président de la République accorde une place importante au numérique. Il contient un certain nombre de projets sur le haut débit, les nouveaux services et les nouveaux usages que nous avons évoqués. D'autres volets concernent le numérique. Par exemple, le soutien aux jeunes sociétés innovantes ou le domaine de la route intelligente bénéficieront au secteur du numérique. Les NTIC apparaissent donc dans beaucoup des sujets proposés.
    • Vincent Marcatté - Les entreprises l'ont d'ailleurs bien compris. Toutes ces innovations doivent devenir réalité dans les mains des utilisateurs. Adopter ou rejeter un service est un enjeu sociologique. Les entreprises associent donc de plus en plus la dimension sociologique à la technologie, au marketing et à l'économie. En intégrant la culture, les contenus et les usages dans ce grand emprunt, l'État touche justement à la diffusion, donc à la dimension sociologique de l'innovation et du numérique.
    • Hugues Meili - En stimulant le numérique, il renforce les pôles de compétitivité, moteur de croissance et d'emploi. Ces finances de l'État contribuent à des créations locales d'emplois. Les exportations restent parfois plus difficiles dans des secteurs très pointus comme le numérique car, pour exporter, il faut une reconnaissance internationale forte. La croissance est difficile à obtenir si l'on en reste à l'échelle régionale ou nationale. C'est un autre intérêt des pôles de compétitivité : ils permettent d'entretenir des relations avec les collectivités locales qui encouragent sur leur sol les expérimentations de nouvelles technologies.

    + d'info : www.orange-business.com

    à voir aussi :
    retrouvez l'intégralité des échanges sur la Web TV d'Orange : orange-business.tv
    ainsi que sur TechToc TV : techtoctv.com

  • L'Europe au coeur de la stratégie d'innovation de France Télécom

    Les Orange Labs ont déployé une démarche d'open innovation depuis de nombreuses années, par les projets coopératifs au plan national et régional, notamment via les pôles de compétitivité, mais également européen. À l'échelle européenne, le groupe participe ainsi aux programmes-cadres de la Commission européenne et à Eurêka. Dans le programme-cadre, régional et national, les projets retenus doivent intégrer une forte composante scientifique et/ou technologique avec un impact à l'échelle de l'Europe : les Orange Labs s'engagent dans des projets structurants de type rupture technologique ou prénormalisation. Le groupe est également présent au sein des plates-formes technologiques européennes (eMobility et NEM), qui rassemblent les acteurs majeurs d'un secteur donné pour la définition d'orientations stratégiques et d'actions communes. Les Orange Labs font partie des dix acteurs européens les plus en pointe dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Ils sont porteurs ou contributeurs importants de projets phares retenus par la Commission européenne, notamment pour définir l'Internet du futur. S'appuyant sur ses équipes de R&D, France Télécom peut, au sein de ces programmes coopératifs, se faire reconnaître internationalement comme un élément moteur de l'Europe de la connaissance.
  • Orange, un ancrage profond dans les pôles de compétitivité

    Depuis la création des pôles de compétitivité, le groupe France Télécom a participé à sept projets de pôle, qui ont tous été retenus :
    • cinq pôles de compétitivité mondiaux ou à vocation mondiale ;
    • deux pôles d'envergure nationale ou régionale.
    Cette participation dans les pôles de compétitivité implique la présence de représentants du groupe élus dans les conseils d'administration de ces pôles. Elle illustre différentes volontés : prendre une part active dans le développement et la diffusion de l'innovation et de la recherche au plan national et régional ; renforcer ses compétences sur ses axes stratégiques de développement (le très haut débit, les réseaux du futur, les contenus, la sécurisation des transactions, le recentrage autour de nos clients et de leurs usages). Les Orange Labs, qui constituent le réseau mondial d'innovation du groupe, ont pour mission de préparer et de relever les défis du futur de la société numérique. Ils réunissent dans le monde dix-sept laboratoires de recherche et développement (R&D) dans neuf pays, ainsi que le Technocentre, soit 3 600 collaborateurs.
  • Quand un emprunt dynamise le numérique !

    Quatre milliards et demi d'euros pour l'économie numérique. Cette annonce fait partie du grand emprunt lancé par l'État français. Deux milliards seront dirigés vers le déploiement de la fibre optique et du très haut débit en France. Objectif : atteindre 70 % de la population couverte par le très haut débit. Prêts et garanties aux opérateurs afin d'accélérer leurs investissements, subventions au déploiement du très haut débit en partenariat avec les collectivités locales, création de partenariats public-privé pour déployer une technologie satellite : telle sera l'utilisation de cette manne financière. Les 2,5 milliards d'euros restants serviront au développement des usages et contenus innovants. Enfin, sur la globalité du montant de cet emprunt d'État
    - 35 milliards d'euros -, le numérique, les nouvelles technologies et l'innovation seront présents en filigrane dans d'autres postes de dépense. Dans le même temps, l'État annonce sa volonté de « poursuivre le décloisonnement » pour atteindre une plus grande efficacité des pôles. Un label « interpôles » sera créé afin de faire travailler sur des thèmes proches des pôles situés dans une même zone géographique.

    + d'info : www.images-et-reseaux.com/fr/les-membres/fiche.php?id=106

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