Après avoir été rejeté au niveau de la Communauté Européenne, le projet de Loi Hadopi, visant à faire cesser le téléchargement illégal, nous livre son nouveau gag.
Dans la version précédente, sérieusement mise à mal par le Sénat français, l'Hadopi s'était vue interdire la procédure visant à envoyer un mail à l'internaute détecté comme téléchargeant illégalement (ce qui ne constitue pas un moyen légal et valide de notification) puis de couper son accès Internet, au profit d'une procédure judiciaire traditionnelle, autrement dit une amende en première instance.
Mais fort heureusement l'Hadopi est à la pointe de la technologie et de l'humour et a donc rapidement pu faire une nouvelle proposition à la mesure des précédentes.
Le rapport de la Commission des Affaires Culturelles s'exprime en ces termes : « Une solution serait de proposer aux titulaires de l'accès des
conditions analogues à celles qui sont actuellement acceptées par les
utilisateurs de logiciels de sécurité (antivirus, pare-feu, contrôle
parental...) : en effet, certaines licences d'utilisation de ces
logiciels prévoient un dialogue à distance automatique et régulier
entre le logiciel et le serveur de l'éditeur, pour vérifier l'état des
mises à jour. Cela comprend l'envoi, par l'ordinateur de l'utilisateur,
de données précisant son identifiant et son état de fonctionnement.
Dans le cas présent, le serveur de l'éditeur du logiciel
vérifierait, à chaque connexion, que les dernières mises à jour ont été
installées. Les informations recueillies, conservées douze mois,
attesteraient de l'activité du logiciel. Le titulaire de l'accès
invoquant la cause d'exonération pourrait ainsi, dans l'hypothèse où
l'Hadopi lui adresserait une demande de justificatifs, produire le
fichier de "logs" qu'il aurait alors demandé à l'éditeur de son logiciel.
Il conviendrait à cet égard de prévoir à la charge des fournisseurs
de moyens de sécurisation une obligation d'information, par exemple
sous la forme d'une étape dans le processus de désactivation où il
serait demandé à l'utilisateur de certifier qu'il a bien pris
connaissance des risques encourus en cas de désactivation »,
Et oui, vous ne rêvez pas. C'est bien THX1138.
Hormis l'analyse un peu facile et rapide de la part de la Commission concernant le comportement de logiciels qui enverraient soi-disant des informations privées à des serveurs centraux, alors que nombre se contentent simplement d'envoyer par exemple la date ou le numéro de version de la dernière mise à jour pour obtenir en retour ce qu'il y a de neuf, on ne peut que constater le manque de conscience de la réalité de la part des membres de la Commission.
Combien de logiciels piratés fonctionnent-ils de la manière normale (telle que prévue par le constructeur/éditeur de logiciel) sur l'ordinateur du pirate ? Pour ainsi dire aucun.. Le 'crack' est toujours passé par là auparavant.
Le crack est un programme chargé de faire disparaitre la protection anti-copie ou anti-fonctionnement d'un logiciel par la modification de son code binaire. Il ne faut pas le confondre avec le 'keygen' dont la mission est de générer une fausse clé du logiciel qui sera entrée en lieu et place de la vraie, trompant ainsi le dit logiciel.
Par conséquent, le crack se chargera de faire disparaître la fonction de 'flicage' du logiciel comme il a fait sauter le contrôle d'original, ce qui ne constitue pas en soit une violation de la Loi pire que l'utilisation du logiciel piraté lui-même, ou la modification de son code binaire original ce qui, pour rappel, s'appelle faire une contrefaçon.
Une fois le crack installé, le logiciel fonctionnera aussi bien qu'avant, pourra être mis à jour 'manuellement' (par le téléchargement sur le site de l'éditeur d'un patch), condition nécessaire pour ceux qui n'auraient pas Internet ou à débit insuffisant, et une nouvelle version du 'crack' adaptée à la version construite après la mise à jour se sera sans doute rapidement disponible.
En résumé, au final, le PC de l'internaute de bonne foi se trouverait contenir un logiciel de contrôle alors que celui du pirate resterait sain, si on peut s'exprimer ainsi... Et que se passera t-il si l'utilisateur empêche de communiquer avec le serveur de l'éditeur du logiciel avec un pare-feu personnel, pour ne chercher qu'à protéger sa vie privée? Agira t-il contre les principes édictés?
A méditer...
[ MISE A JOUR 31 Octobre 2008 ]
Les Députés ont finalement enfin tranché officiellement. La ripose graduée est conservée et la coupure Internet acceptée (malgré le rejet au niveau européen) à condition que le mail reste accessible. Encore une fois, on constate ici le manque de conscience de la réalité des politiques car on voit mal comment le FAI pourrait connaitre les différents emails de chaque client, surtout s'ils ne sont pas hébergés chez lui.
Les commentaires récents